Politique

Togo / « L’UFC n’est pas UNIR » : Nicolas Lawson appelle la CEDEAO à la rescousse

Aux divergences d’opinion entre le pouvoir en place et la Coalition des 14 partis de l’opposition à propos de l’organisation des législatives prochaines, vient s’ajouter le bras de fer entre la C14 et l’UFC concernant la répartition des sièges à la CENI. Sur cette dernière question, le président du PRR brise le silence et adresse une lettre ouverte aux facilitateurs mandatés par la CEDEAO pour une sortie de crise au Togo.

Lomé, le 15 Octobre 2018

Excellences Messieurs les Présidents-facilitateurs

C E D E A O

S/c de vos représentants

LOME – TOGO

 

OBJET : Lettre ouverte du PRR

Messieurs les Présidents de la République et Président de la Commission de la CEDEAO,

Ayant été candidat à la présidence de la République du Togo à trois (3) reprises en 2003, 2005 et 2010, je me permets de vous adresser cette lettre ouverte pour contribuer à mieux vous édifier dans votre mission. Il vous sera aussi utile de savoir que j’avais été le Conseiller spécial aux affaires politiques du Premier ministre de la transition après notre Conférence nationale souveraine et surtout membre du Haut Conseil de la République (HCR), parlement de la transition. C’est également la majorité parlementaire que j’avais co-présidée au HCR qui avait finalisé la mouture du projet de constitution, qui avait été soumis au peuple togolais par référendum le 27 Septembre 1992 pour approbation avant d’être promulguée le 14 Octobre 1992 comme la Constitution de la 4è République du Togo.

En conséquence et comme il s’agit encore du sort de ma patrie, pendant que des prétentions, des ambitions et des surenchères de toutes sortes s’élèvent sur notre peuple, je ne peux pas rester à l’écart et laisser faire n’importe quoi. Les protagonistes de la crise actuelle, avec lesquels vous traitez, ne représentent plus la majorité de notre peuple. Ils sont par-dessus tout les violateurs de la volonté du peuple togolais et ceux qui ont provoqué depuis 30 ans les violences politiques, la ruine du pays et les malheurs de la masse du peuple. Ils entretiennent un état d’agitation permanente dans le pays et nourrissent les intolérances et les divisions. Ils foulent aux pieds allègrement les dispositions de la constitution en vigueur dès lors qu’elles ne servent pas leurs intérêts particuliers ou partisans.

Je vous recommande de consulter notre constitution en vigueur pour mieux appréhender les caractères prédominants des protagonistes de la crise. Leur inconséquence, leur désinvolture et leur frivolité sont un tourment pour nous et une infortune pour la masse du peuple togolais. Vous constaterez leur faillite morale et la difficulté de votre mission. Il y a eu déjà 26 dialogues, tenus en France, au Burkina Faso, etc. Quelle indignité pour notre peuple ! Pourtant, ils sont heureux de la continuation de leur mandat à l’assemblée nationale, qui leur permet de perpétuer légalement mais illégitimement la jouissance des prébendes d’une crise qu’ils entretiennent délibérément. C’est l’article 52, alinéa 11 de la constitution en vigueur, qui permet la prolongation de leur mandat. Cependant, nous savons qu’une institution, qui assure les affaires courantes, en attendant son remplacement ou son renouvellement, n’a pas le droit de modifier la nature du régime en place. Alors pourquoi, l’assemblée nationale actuelle, dont le mandat a expiré en Août dernier, veut-elle opérer des réformes constitutionnelles et institutionnelles ? Le Togo est-il une jungle et allez-vous laisser faire ce coup de force aussi primitif ?

Ce sont ces protagonistes de l’interminable crise togolaise, qui foulent aux pieds sans état d’âme les articles 53, 54, 55, 56, 57 de la constitution en vigueur, sans mentionner des articles aussi importants que les 81, 100, 104 et en plus de tout le titre X (articles 132, 133, 134, 135 et 136) de la constitution. En prolongeant le mandat de l’actuelle assemblée nationale, les protagonistes de la crise ne peuvent pas s’en prévaloir pour se substituer au peuple souverain, en vue de réviser encore une fois à leur convenance la constitution de la 4è République.

Par ailleurs, la feuille de route de la CEDEAO recommande la recomposition de la Cour constitutionnelle dont la composition était anticonstitutionnelle (voir art. 100, alinéa 4 de la constitution en vigueur) et dont les décisions ont toujours été partisanes et litigieuses. Pourquoi donc la C14 s’apprêtait-elle à faire prêter serment à ses candidats devant siéger à la CENI devant une telle Cour Constitutionnelle ? La résistance de l’UFC leur a ainsi épargné un nouveau parjure et une nouvelle incongruité. Notre individualisme, la multiplicité de nos tendances, les ferments de nos divisions, etc, ont fini par réduire l’Etat à n’être qu’une scène pour la confrontation de nos inconsistances, de nos cupidités, de nos rivalités fragmentaires, de nos médiocrités et de nos médisances. Il est donc urgent de doter notre nation d’une nouvelle République, capable de répondre de son destin et de nous permettre de relever les graves défis du présent et de l’avenir.

Vous réalisez comme nous au PRR que le régime des partis ne fait qu’étaler sa nocivité. Alors s’il vous plaît, ne servez pas de couverture au conflit dérisoire et détestable entre l’ANC et l’UFC. Ce sont deux partis, qui étaient ensemble mais dont les discordes, les dissensions et les sectarismes avaient fait et tendent à faire tant de mal à notre patrie. Ils ne se préoccupent jamais de la paix sociale, ni de la cohésion de notre peuple, ni du bien public, ni de la dignité nationale. L’infortune du peuple togolais réside malheureusement aussi dans le fait que la déliquescence du régime en place, ses graves injustices sociales et la corruption d’une minorité mettent gravement en péril l’unité nationale et la paix sociale.

Cependant, il est encore temps pour mettre un terme à la chienlit dans le pays afin de pouvoir engager sa transformation économique, sociale, culturelle et politique profonde. Comme la grande majorité de notre peuple et même le Chef de l’Etat sont pris en otage par une engeance malsaine de polichinelles alors votre mission n’est pas aisée. Le chef de l’Etat est celui qui peut vous faciliter la tâche, en acceptant de former un gouvernement inclusif comme il vous l’a promis et ainsi qu’il est indiqué dans la feuille de route de la CEDEAO. En se plaçant au-dessus des partisans, il devra, pour protéger les Togolais et soigner sa postérité, mettre en place une assemblée constituante, chargée d’élaborer un avant-projet de constitution à soumettre par référendum au peuple souverain pour approbation. Vous nous aiderez de la sorte à constituer une nouvelle République, qui devra moderniser notre société, refonder son unité nationale, édifier les digues de la paix sociale pour élever enfin tous les togolais à la dignité humaine.

Sinon, nous irons à la dérive jusqu’au déchirement fatal. Les blessures sont profondes et par déveine, notre classe politique est inconséquente et championne de l’ostracisme. Je vous conjure de ne pas accepter du replâtrage car c’est le 27è dialogue auquel ces fantoches participent sans vergogne. C’est infamant et déshonorant pour notre peuple. Aidez-nous à rétablir l’Etat à la fois dans son autorité et dans la confiance nationale. Il y a 112 partis politiques au Togo. Les 14 partis de la coalition ne représentent pas mon parti (PRR) ni les autres partis politiques de l’opposition. Ni la coalition ni le pouvoir en place ne représente les anciens candidats à la présidence de la République dont moi-même. Il est temps de mettre fin dans notre pays à l’esprit d’exclusion de certains politiciens. Un accord d’un parti politique avec un autre pour former un gouvernement, suite à des crises répétées et de graves crimes de sang, ne fait pas d’eux le même parti. L’UFC n’est pas UNIR.

Au moment où les systèmes de valeurs craquent partout et que la nouvelle mutation dans le monde remet en cause nos prédicats traditionnels, il est dangereux et même criminel de continuer à agir comme le font les protagonistes de la crise togolaise. Ils doivent savoir que les attitudes et les mentalités orthodoxes de marginalisation et d’intolérance sont destructrices pour les sociétés. La grande masse de notre peuple exige qu’ils mettent fin à leur jeu funeste. Ils doivent s’entendre et conjuguer leurs énergies pour travailler ensemble ou disparaître de la scène politique. Il faudra alors une nouvelle élite politique, légitimée par les événements et confondue avec la foi et l’espérance du peuple togolais.

Au nom de mon parti, le PRR, et de la masse silencieuse du peuple togolais, je vous remercie pour vos efforts. Nous prions Dieu Tout-Puissant de vous inspirer et de vous assister pour nous prescrire ce qui servira la justice sociale, la paix, l’unité dans notre pays et l’harmonie dans notre sous-région.

Veuillez trouver ici, Excellences Messieurs les Présidents de la République et Président de la Commission de la CEDEAO, l’assurance de ma haute considération.

 

Nicolas LAWSON

Président du PRR

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