Politique

Prof Komi Wolou du PSR rappelle à l’élite togolaise son devoir en ces temps de crise

Le Secrétaire général du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR) et membre de la coalition des forces démocratiques, Professeur Komi Wolou, interpelle les intellectuels togolais par rapport aux actions à entreprendre afin d’apporter leur contribution pour la résolution de l’actuelle crise sociopolitique.

Je m’adresse à vous par devoir et par solidarité.

Je m’adresse à vous parce que je suis des vôtres. Je suis solidaire des erreurs que vous pourriez commettre et solidaire des offenses dont vous pourriez être victimes.

La situation de notre pays est de plus en plus insoutenable. Les faits sont là, indéniables. Notre pays est doté d’une constitution bafouée par ceux qui sont censés en garantir l’effectivité. Une minorité s’accapare des richesses du pays alors que les ressources des services publics sont asséchées. La confiscation du pouvoir par la main mise sur tous les pôles de décisions,l’institutionnalisation des discriminations de tous genressont avérées. Les atteintes aux droits de l’homme font partie de notre quotidien. L’impunité est la règle, pourvu que le crime profite au régime ou que son auteur soit un courtisan du pouvoir. Les fondements de notre vie en commun sont ébranlés. L’image de notre pays à l’extérieur est affligeante. Notre pays est devenu la curiosité de la sous-région.

Dans ce contexte, la lutte actuelle n’est pas une simple lutte politique pour le pouvoir. Elle n’est pas celle d’une tendance politique contre une autre. C’est celle de la restauration des fondements de notre société. C’est une lutte pour l’égalité de tous devant la loi. C’est une lutte pour la justice.

Il s’agit d’une lutte pour la dignité de notre peuple, du Peuple togolais. Qui ne sait s’indigner a déjà perdu toute dignité.

Chacun de nous peut avoir ses raisons de ne pas agir : la crainte d’une atteinte son intégrité physique, à sa vie ou à celle de ses proches ; celle de perdre son poste et les privilèges qui s’y attachent, le risque de se voir retirer des marchés ou des dossiers, l’espoir de ceux qui ne profitent pas encore des largesses du régime qu’ils pourraient finir par obtenir eux-aussi les faveurs du prince. Dans nos différents milieux professionnels, les intimidations de ceux qui sont détenteurs d’une parcelle de pouvoir sont là pour nous le rappeler.

Cependant, rien de tout cela ne saurait justifier notre indifférence ou notre inaction. L’acceptation de l’avilissement du Peuple est un crime. L’élite elle-même est la première à s’avilir.

Intellectuels de tous bords, ce ne sont pas vos fortunes qui vous différencient des autres, c’est votre capacité à vous élever.

Elites de tous bords, si c’est votre ethnie qui détermine votre positionnement dans les débats d’enjeu national, si ce sont vos intérêts personnels égoïstes qui déterminent votre positionnement dans les débats qui engagent l’avenir de la nation, vous avez perdu votre saveur.

Professeurs d’universités, Avocats, médecins, ingénieurs, cadre supérieurs de l’administration publique, cadres d’entreprises privées, banques, assurances, sociétés commerciales etc. où êtes-vous ?

Le peuple vous attend, dans vos robes, vos blouses, vos toges ou avec vos pancartes à ses côtés. Votre présence est de l’ordre des symboles qui sont déterminants dans la lutte démocratique.

L’opposition togolaise ne vous inspire peut-être pas confiance à cause des erreurs du passé ; vous avez peut-être raison. Mais cela ne saurait justifier votre abdication. Renoncer à la dignité du Peuple sous prétexte que les prétendants au pouvoir se comporteraient de la même façon une fois au pouvoir est une absurdité intellectuelle. Vous aurez l’occasion, le moment venu, de les juger à l’œuvre. Vous aurez l’occasion de les faire partir eux-aussi. Vous pourrez même les faire condamner. C’est cela l’intérêt de l’alternance ; elle ne se réalisera pas par l’indifférence des intellectuels.

Elites togolaises, ce n’est pas votre nombre qui importe ; vos voix portent. C’est le plus important. Le peuple a besoin d’être rassuré par votre présence à ses côtés. Exprimez votre indignation.

Vous êtes la lumière qui éclaire les peuples et qui effraie les tyrans. Vous appartenez au Peuple. Vous ne pouvez pas être complice de l’asservissement du peuple par votre indifférence ou par votre silence. Vous ne devez pas vous mettre au service de l’obscurantisme politique ; vous ne devez pas abandonner le peuple en lutte.

Nous pourrions soulager nos consciences en soutenant que la démocratie ne se fait pas dans la rue. C’est faux ! L’histoire le démontre. La rue est un espace de mobilisations politiques, un espace de libertés ; elle a d’ailleurs a mis fin à des dictatures. Face à la dictature, il n’y a d’abord que la rue.La rue est l’expression du désaccord du peuple à l’égard de ceux qui sont censés exercer le pouvoir en son nom. La rue est une expression démocratique lorsque les dirigeants conduisent le pays à la dérive. C’est à juste titre que la liberté de manifesterest un droit constitutionnel. Il n’y a pas de honte à manifester contre une dictature.

A ceux qui ont choisi le parti du plus fort, il faut être conscient de ce que le pouvoir togolais n’a pas d’amis mais des valets dont il se débarrasse une fois le service rendu.

La lutte en cours est loin d’être gagnée. Le régime après avoir vainement compté sur l’essoufflement de la mobilisation, une fois encore, a accepté le dialogue pour gagner du temps. Rappelez-vous, le Togo en a déjà connu plus de vingt sans que le problème soit résolu.

A la veille d’un nouveau dialogue, votre mobilisation aux côtés du peuple et vos réflexions seront déterminantes. L’erreur est humaine ; mais il y a des erreurs inexcusables surtout lorsqu’elles se prolongent. Pour que le mal triomphe, il suffit d’abdiquer. Nous avons le devoir de résister. Le devoir nous appelle, chère élite.

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Umalis