Economie

Togo/ Qui veut faire taire l’économiste Kako Nubupko? Ambroise Teko semble connaître la réponse

Le chroniqueur togolais Ambroise Teko livre une petite analyse de la situation qui a conduit à l’évincement de l’économiste togolais Kako Nubukpo de l’Organisation Internationale de la Francophonie.C’est à travers une chronique intitulée « Qui veut faire taire Kako Nubukpo ». Tout en retraçant les derniers événements qui ont « précipité » le départ de Kako Nubukpo de l’organisation, Ambroise Teko dénonce avec ferveur ce qu’il considère comme une injustice. Lecture !

« Quelques jours seulement après le « one man show » d’Emmanuel Macron devant les étudiants burkinabè à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, le masque de la duplicité du discours officiel tombe. En effet, «il n’y a plus de politique africaine de la France » affirmait le nouveau locataire de l’Elysée devant les étudiants. Si l’habileté et l’impertinence dont il a fait preuve, la fraîcheur du ton et l’hommage rendu à Thomas Sankara, ont été relevés çà et là par des médias, on se rend vite compte que tout ceci, loin de montrer un véritable aggiornamento dans la relation France-Afrique, ne représente que des artifices qui sont là pour amuser la galerie.

La preuve, s’il en était encore besoin, c’est que quelques jours seulement après la position que le chef d’État français a prise à Ouaga à propos du franc CFA, l’économiste togolais Nubukpo Kako vient d’être limogé sans ménagement de son poste de Directeur de la francophonie de l’économie et du numérique au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie, pour avoir justement critiqué la position de Macron sur cette monnaie si chère à la France, dans une tribune au Monde, le 30 novembre dernier. Son tort, c’est de qualifier « d’imprécise, caricaturale et finalement déshonorante pour les dirigeants africains » la vision de Macron. M. Nubukpo ne découvre pas cette situation après le discours de Macron devant les étudiants de Ougadougou. Il a toujours fustigé cette monnaie qu’il considère comme nocive et asphyxiante pour les économies de 15 pays africains de la zone franc CFA. Et c’est ce qui étonne dans cette expulsion !

On s’étrangle en découvrant la brutalité d’une telle éviction et on ne peut s’empêcher de penser aux vieilles méthodes de la Françafrique sous Jacques Foccart, qui consistent à éliminer tous ceux qui ne mettent en travers du chemin de « la servilité volontaire » ou de la docilité du colonisé fantasmé et représenté comme l’éternel incapable de penser par lui-même. De Sylvanus Olympio en passant par Thomas Sankara, Patrice Lumumba et autres Kwame Nkrumah, Ruben Um Nyobé… la liste est longue de ceux qui ont été victimes de leur indocilité ou plutôt de la grande idée qu’ils se faisaient de leur liberté, estime de soi et de ce qui est bon pour leur peuple.

À Ouagadougou, Emmanuel Macron récupère habilement Sankara en lui rendant hommage et en proposant aux étudiants de jeter par-dessus bord les vieilles rancunes du passé colonial, de « plaquer en quelque sorte un passé qui doit passer, des représentations, des constructions qui doivent évoluer. » Il va même jusqu’à dire que « notre responsabilité n’est pas de rester dans ce passé mais de vivre l’aventure pleine et entière de cette génération. »

C’était l’idéal de Thomas Sankara, un ardent pourfendeur du néocolonialisme. Celui qui avait une profonde et viscérale aversion pour tout ce qui pouvait empêcher l’émancipation de son peuple et au-delà des Africains.

Comment peut-on convoquer aujourd’hui la figure tutélaire de la jeunesse du Faso, tenir ce discours devant les étudiants et accepter que la Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Madame Michaëlle Jean, débarque un collaborateur qui affirme que le franc CFA est une monnaie qui « fut imposée aux Africains dans le cadre des turpitudes de la colonisation française » et qui n’a qu’une ambition, sortir de ce passé pour « vivre l’aventure pleine et entière de cette génération » qui a, à juste titre, interpelé le président Macron?

Avec l’éviction de Kako Nubukpo, se remet en branle la machine souterraine à empêcher par tous les moyens l’émancipation des peuples africains. On crie d’une part qu’on veut qu’il y ait lieu le débat sur cette monnaie, et d’autre part on brise ceux qui le portent sur la place publique. On affirme du haut de la chaire qu’ « il n’y a plus de politique africaine de la France » et en même temps, on veut conserver le carcan colonial d’une monnaie qui n’a jamais démontré sa pertinence en matière d’échange entre les pays utilisateurs de cette monnaie, qui n’a pas été un puissant levier de croissance et de création d’emploi ni un outil de compétitivité exemplaire. Le Ghana, avec son cédi, est-il moins viable, moins prospère, moins en retard que le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire ? C’est plutôt le contraire, à l’heure actuelle.

C’est dire que la vérité est ailleurs. Elle est dans cette domination des pays de la zone franc CFA, instaurée depuis l’accession des indépendances, par de Gaulle et dont les différents successeurs se veulent les continuateurs. C’est pourquoi, l’avenir que propose Macron aux jeunes africains est une grosse entourloupe qui consiste à repeindre aux couleurs de la jeunesse et de l’avenir un futur désirable paré des mêmes vieilles représentations éculées.

Si ce futur-là n’est pas porté par une autre monnaie capable d’impulser une dynamique forte pour créer une économie prospère et solidaire à même de retenir les jeunes dans leur pays, rien n’aura changé et les jeunes continueront à manger la poussière. Ce dont on a besoin, c’est un système économique qui émancipe, qui démultiplie les énergies, libère les talents et accompagne le génie de créativité des Africains. Si le franc CFA était doté d’une telle capacité, cela se saurait depuis longtemps.

C’est cela que dénonce M. Kako Nubukpo et qui dérange les thuriféraires de ce franc CFA que sont Allassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et tous ceux à qui profite ce système et qui veulent que rien ne change.

Voilà pourquoi personne ne fera taire les Africains qui veulent ce débat.

Voilà pourquoi il faut un débat serein et sans tabous. Un débat rigoureux qui met tout sur la table.

Voilà pourquoi je trouve inacceptable la violence du limogeage de M. Kako Nubukpo.

Et voilà aussi pourquoi je condamne de toutes mes forces ce type de procédé.

La liberté d’expression est un droit. Il n’y a que les couards qui ne s’en saisissent pas !

Je hais les couards qui détournent les yeux de la misère de leurs peuples ! »

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Umalis