Politique

Togo / Prof Komi Wolou aux FAT : « Forces armées, vous êtes nos frères, nous formons un ensemble indivisible »

Le discours adressé par le Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, aux Forces Armées Togolaises (FAT) lors de sa visite au camp de Témédja le vendredi dernier continue de susciter des réactions. Les plus vives proviennent des leaders de l’opposition qui en ont déduit un moyen de « dresser les forces armées contre les populations civiles ». Le Secrétaire national du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR), Prof. Komi Wolou, membre de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition, adresse pour sa part un message républicain aux Forces armées togolaises (FAT). Lecture !

Appel républicain du Secrétaire national du PSR aux Forces armées et de sécurité

Moi, Professeur WOLOU Komi, Secrétaire national du PSR, face à la situation sociopolitique extrêmement grave et face au danger que court le Togo, je vous parle.

Je vous salue dans l’Amour de Dieu sous la protection duquel le Peuple togolais s’est placé à travers la constitution de 1992.

Vous avez choisi le métier des armes, un métier noble. Alors que les autres dorment, vous devez veiller à la sécurité de tous, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sous la pluie, dans la chaleur ou dans le froid. Nous le savons et le Peuple vous en remercie.

Dans votre métier, vous êtes soumis aux ordres de la hiérarchie. Nous le savons aussi. C’est normal. Il n’y a plus d’armée si le militaire est libre d’exécuter ou non les ordres. S’il en est ainsi, c’est parce que les forces armées et de sécurité ont pour mission de protéger les personnes et les biens, de défendre l’intégrité territoriale d’agir exclusivement dans l’intérêt général.

Vous êtes obligés de vous soumettre aux ordres de vos supérieurs parce que ces supérieurs ont le devoir d’agir dans l’intérêt général. C’est donc cet intérêt général qui constitue le fondement et la limite de votre mission.

Cependant, votre statut de militaire ne vous soustrait pas au respect de la loi.

Le Peuple peut comprendre, lorsque les circonstances l’exigent, que vous soyez amenés à disperser les manifestations dans le respect de la loi. Mais le peuple ne peut pas comprendre que vous deveniez des tortionnaires, détruisant tout sur votre passage. Le peuple ne peut pas comprendre que vous puissiez jeter des gaz lacrymogènes dans les maisons, dans les chambres à coucher ou tirer sur les concitoyens. La mission d’intérêt général qui vous incombe, c’est de les protéger et non de les massacrer !

La lutte que mène l’opposition est une lutte citoyenne au profit de tous, de vos enfants, de vos époux et épouses, de vos parents, de vous-mêmes. Vous êtes aujourd’hui militaires, demain vos enfants ne le seront pas forcément.

Cette lutte profitera aux enfants de Monsieur Faure Gnassingbé. M. Kpatcha Gnassingbé est le fils du feu Président Eyadéma. Mais il est aujourd’hui en prison à la suite d’un procès qui ne présentait pas les garanties nécessaires d’un procès équitable. C’est dire que si la situation ne change pas dans notre pays, l’enfant du Président Faure peut aussi se retrouver, demain, en prison après un procès inéquitable. Ce que nous ne souhaitons pas.

Il faut créer les conditions d’une vie où chacun verra ses droits respectés et vos fils pourront légitimement aspirer aux fonctions de chef de l’Etat sans être jeté en prison. C’est le sens de notre lutte.

Le chef de l’Etat doit pouvoir compter sur vous pour la défense de l’intégrité territoriale, pour la protection des personnes et des biens. Mais le chef de l’Etat, chef des armées ne doit pas compter sur vous pour torturer les manifestants, pour tirer sur les citoyens, pour assiéger les villes, pour pérenniser un pouvoir dictatorial. Vous êtes l’armée togolaise, une armée républicaine vous n’êtes pas une armée d’occupation.

Tirer sur des manifestants, torturer les citoyens, ce n’est pas faire preuve de courage, c’est trahir votre pays, c’est faire preuve de lâcheté. Mais nous savons que vous n’êtes pas des lâches.

Par vocation, vous êtes au service de l’Etat ; vous êtes au service de la nation ; vous n’êtes pas au service d’une personne, fût-elle chef de l’Etat.

Forces armées togolaises, forces de sécurité ; Vous avez besoin des civils. Et, les civils ont besoin de vous.

L’enseignant à l’école ne fait aucune différence entre les élèves enfants des militaires et les élèves enfants des civils.

Le médecin assiste l’épouse du civil et celle du militaire au moment de l’accouchement sans distinction. Le chauffeur de taxi transporte les enfants des militaires et des civils sans distinction. Il en est de même pour toutes les professions. Alors, pourquoi l’armée peut-elle se dresser contre le Peuple ? Pourquoi les civils doivent-ils se dresser contre les militaires ?

La lutte en cours actuellement au Togo n’est pas celle d’une ethnie contre une autre. La lutte que nous menons n’est pas celle d’une religion contre une autre. Il s’agit d’une lutte de libération contre la tyrannie d’une minorité, qui méprise civils et militaires, s’appropriant les biens de l’Etat avec arrogance et confisquant le pouvoir du Peuple.

Forces armées togolaises, ne vous laissez pas entraîner dans des massacres de vos frères et sœurs civils pour servir la cupidité et les caprices de certains individus.

Vous avez le devoir de réserve en votre qualité de militaire, ce qui ne signifie pas que vous n’analysez pas la situation de notre pays ; ce qui ne signifie pas, non plus, que vous êtes privés de vos facultés intellectuelles. Il serait absurde que vous deveniez les ennemis de ceux qui se battent pour le mieux-être de nous tous. Ne laissez personne vous opposer aux civils.

Forces armées, vous êtes nos frères, nous formons un ensemble indivisible. Vos neveux, vos femmes, vos enfants, vos cousins, vos parents sont des civils, toutes ethnies confondues. Et nous civils, nos frères, nos cousins, nos enfants sont des militaires.

Le Peuple togolais sait qu’il peut compter sur vous pour éviter des massacres et les tortures.

Forces armées togolaises, aux termes de l’article 147 de notre Constitution, « Les Forces Armées togolaises sont une armée nationale, républicaine et apolitique. Elles sont entièrement soumises à l’autorité politique constitutionnelle régulièrement établie ».

Vous êtes donc soumis à vos supérieurs et à l’autorité constitutionnelle. Cependant l’article 21 de la même constitution dispose que :

« La personne humaine est sacrée et inviolable.

Nul ne peut être soumis à la torture ou à d’autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Nul ne peut se soustraire à la peine encourue du fait de ces violations en invoquant l’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique.

Tout individu, tout agent de l’Etat coupable de tels actes, soit de sa propre initiative, soit sur instruction, sera puni conformément à la loi.

Tout individu, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte grave et manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques ».

Ce texte signifie, Forces armées togolaises, que vous avez le devoir de désobéir si on vous demande de tuer, de torturer ou de porter atteinte aux droits de l’homme.

Ce texte signifie également que si vous tuez ou torturez sur instructions de vos supérieurs ou même du Président de la République, vous allez personnellement répondre devant la loi.

L’ordre quel qu’il soit doit être exécuté avec discernement. Je vous suggère par ailleurs ce passage biblique : 2 Rois chapitre 1 versets 1 à 15.

Vive l’armée togolaise républicaine et respectueuse des droits de l’homme,

Vive le Togo,

Que Dieu bénisse le Togo !

Professeur WOLOU Komi

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