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Togo/ Des jeunes togolais saisissent l’OIF pour la résolution de la crise

La crise togolaise semble préoccuper toutes les franges de la population togolaise. En marge des déclarations, initiatives, rencontres, des hommes politiques et de la société civile, ce sont les jeunes qui montent au créneau. Dans une lettre rendue publique ce 10 octobre, une dizaine de jeunes leaders togolais accoutumés aux activités de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ont saisi la présidente de l’organisation Michaëlle Jean. Ces jeunes demandent une seule chose : Que l’OIF prenne ses responsabilités. Ci dessus la teneur de la note.

Madame la Secrétaire Générale de la Francophonie,

Nous sommes de jeunes francophones togolais. En tant que bénéficiaires à plusieurs niveaux de divers programmes de formations et d’appuis l’OIF, et nous considérant comme de jeunes ambassadeurs de cette institution qui incarne des valeurs auxquelles nous avons osé croire, venons solennellement lancer en votre direction un appel, nous basant sur votre attachement aux respects des droits des peuples.

Madame la Secrétaire Générale,

Nous avons appris que certaines des grandes valeurs communes de la francophonie sont la solidarité, les droits de l’homme et la démocratie. En tant que jeunes leaders francophones, nous avons cru en cette Francophonie nouvelle, qui nous a été présentée et qui chercherait à laisser derrière elle les crises véritables de confiance dont elle est souvent victime au sein de la jeunesse francophone.

En tant qu’ancienne Gouvernante d’un Etat de droit et surtout originaire du Haïti vous êtes très bien placée pour comprendre un peuple meurtri, oppressé et trahi depuis un demi-siècle.

Par cette lettre, nous voulons porter la voix de la jeunesse togolaise, en relayant  ses préoccupations légitimes auprès de vous qui incarnez les plus hautes instances de notre communauté, que nous voulons fédératrice, garante des droits humains et la démocratie.

Madame la Secrétaire Générale,

En effet, depuis le mois d’août de cette année le Togo est replongé dans une nouvelle la crise politique d’une autre allure. Cette crise, rappelons-le, est née de l’envie des Togolais, jeunes comme adultes, de définitivement mettre fin à un régime cinquantenaire, le seul dans l’espace francophone de nos jours. Ce désir coûte aujourd’hui la vie à plusieurs de nos frères y compris des enfants qui n’ont eu que seule faute de rêver d’un avenir meilleur dans un pays normal. Comme l’aurait fait le jeune canadien, français, sénégalais, béninois, etc.

Dans la dynamique de résolution de cette crise, plusieurs acteurs de la communauté internationale s’impliquent pour un dénouement pacifique. C’est donc naturellement que nous constatons l’intervention probable de l’OIF qui se prépare à travers une mission à partir de ce 10 Octobre. Cette mission qui devrait analyser la situation sociopolitique du pays afin d’envisager des pistes de ses interventions pour une sortie de crise honorable à tous.

Toutefois, c’est avec consternation que nous apprenons que cette mission sera conduite par Mme Aïchatou Mindaoudou.

Notre Consternation et révolte se fondent sur des faits historiques que voici : Madame Aichatou Mindaoudou a ouvertement cautionné le massacre de plus de 500 de compatriotes en 2005. L’organisateur en chef de l’élection présidentielle de 2005 avait bien joué le rôle de sentinelle en avertissant, très tôt, des coups lugubres qui se préparaient.  Mme Mindaoudou l’a qualifié d’irresponsable. Les experts des Nations Unies pourront, si vous en doutez, vous apporter de plus amples détails à cet effet.

Nous jeunes togolais conscients du rôle prépondérant que peut jouer l’OIF dans le dénouement de cette crise, voudrons attirer votre attention sur le malaise général qu’attise l’évocation du nom de cette dame à toute personne soucieuse de sortir du joug de cette dictature qui, nous devons l’avouer, est une honte pour la francophonie elle aussi.

Mme Aïchatou Mindaoudou, haut de son rang a suffisamment affiché sa partialité et ne peut, à partir de cet instant, réussir à réunir les Togolais que nous sommes ni à fournir un rapport objectif qui représente les aspirations des milliers de Togolais qui n’hésitent pas à braver maltraitances et menaces pour sortir tous les jours plus nombreux dans la rue.

Notre communauté francophone, notre organisation OIF, méritent, si nous osons croire aux discours, d’être incarnées par des modèles d’une autre nature que dame Mindaoudou.

Par respect à toutes les personnes tuées en 2005 au Togo, nous demandons tout simplement que cette dame soit retirée de la mission qui doit arriver au Togo et qu’une autre personne plus compétente, objective et impartiale la remplace.

Au-delà de cet aspect extrêmement important, il est aussi impérieux pour nous autres de rappeler que la « Francophonie des peuples » telle que présentée, doit être celle qui assure la participation des peuples au raffermissement des valeurs de justice, d’équité mais aussi de paix et de vivre ensemble, des valeurs si chères à la Francophonie.

En novembre 2014, pendant que vous preniez la tête du Secrétariat Général de l’OIF, le Président français François Hollande nous rassurait en ces termes : « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie. Il y a quelques semaines, le peuple burkinabé a fait une belle démonstration. (..) Ce qu’a fait le peuple burkinabé doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir à la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident ».

Madame, la désignation de Mme Aichatou Mindaoudou comme chef de mission est un mauvais signal envoyé à tout le peuple togolais. Pour nous jeunes togolais, il est peinant d’affirmer sans se tromper que la démarche et la position de la Francophonie ne convainquent et ne rassurent guère les jeunes togolais que nous sommes. Cette position et cette démarche ne représentent pas pour l’heure les valeurs qui sont celles de la Francophonie et la jeunesse tend à croire que l’OIF prend fait et cause, comme d’autres organisations communautaires, pour ses oppresseurs. Nous osons croire que cela a été juste une erreur d’appréciation qui sera vite corrigée. Notre espace regorge de beaucoup de compétences avérées pouvant assurer une si délicate mission mieux que celle dont les conclusions des travaux font déjà objet de rejet de la part des togolais que nous sommes et l’OIF n’en manquera pas, si elle y prête une attention particulière.

Aucune force ne saura résister à l’aspiration d’un peuple. Cette vérité s’applique au peuple togolais qui, lui aussi, prend son destin en main et ce, nous l’espérons, avec la franche collaboration de la communauté francophone. Nous continuons de croire que la Francophonie peut encore marquer autrement l’histoire en se rangeant du côté du Peuple Togolais.

Nous espérons que notre voix portera la clarté dans vos prises de position.

Nous vous en remercions.

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Umalis