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Interview exclusif /Firmin Teko Agbo: Voici ce qui se cache derrière les chroniques politiques

Ces dernières années, son nom a beaucoup circulé sur la toile à l’aune des chroniques politiques qu’il publie quotidiennement. Ambitieux, bien que jeune, Firmin Teko Agbo veut se tailler une place dans le cercle fermé des grands observateurs de la scène politique. Et c’est avec fougue  qu’il se livre à l’exercice .Une tâche ardue où se mêlent passion,déboires, ambitions…, le jeune chroniqueur s’est confié à togotopinfos.

Que vous a inspiré l’écriture de vos chroniques politiques

Disons que je suis de ceux qui aiment retenir les dates des évènements. Et depuis mon plus jeune âge, lorsqu’un évènement me marque je le garde en mémoire avec sa date. Il pouvait s’agir d’un fait d’un fait banal, de société, de famille ou d’un sujet politique . A cela s’est ajouté mon intérêt pour l’actualité internationale. Je la suivais à la radio et à la télévision. Puis mes études supérieures à la faculté de droit à l’Université de Lomé qui m’ont amené à découvrir la lecture juridique de plusieurs pays occidentaux ont décuplé ma passion.

Ce qui m’a amené à apprendre le journalisme. Toutefois  je n’avais pas de réseau pour partager mon opinion des choses. Whatsapp apparaît. Bon canal. Puis des groupes se créent, et s’animent bien avec des débats. Et là j’ai commencé à développer certains sujets , mener des raisonnements que beaucoup appréciaient.Un jour, un grand frère qui est un grand acteur de la Société civile a lu un de mes posts dans un groupe whatsapp. Il m’a fait appel et m’a dit : « Tu as du contenu. Développe tes réflexions dans des chroniques politiques et publie-les sur ta page facebook ». J’ai donc obéi. Au départ, c’était des chroniques qui touchaient  l’actualité internationale ou africaine, mais avec le temps, je suis revenu à l’actualité Togolaise.

 

Le Togo est confronté à plusieurs défis sur différents plans. Pourquoi ne traitez vous que la politique ?

Vous savez, au Togo, tout est politique, pour ne pas dire tout est politisé… Prenez tous les domaines, ça sent la politique. Je ne peux écrire une chronique pour parler des infrastructures routières sans faire allusion au Chef de l’Etat ou au Ministre de Transports.. Vous devez vous en souvenir.. J’ai consacré une chronique au CHU kara au premier trimestre de cette année.. J’ai parlé du Chef de l’Etat dans cette chronique.

 

Avez vous un idéal à atteindre en publiant ces textes

Idéal oui..toutes mes chroniques cachent toujours un message pointu.. c’est la lecture au Second voire au troisième degré qui permet de le déceler. J’ai compris que plusieurs personnes ne s’arrètent qu’au premier degré. Mais les hommes avisés arrivent à pénétrer le vrai sens.

Curieusement vos chroniques sont publiées sur des médias internationaux alors que sur le plan national ce n’est pas très visible. Dites nous pourquoi ?

Vous n’avez pas complètement  tort. Mes chroniques sont publiées sur un site de science po de l’Université de Toulouse en France et sur Africa 24 on m’interviewe de temps en temps. Toutefois, même si l’ampleur n’est pas la même au Togo, ces derniers mois la donne a changé. Mes chroniques sont partagées dans presque tous les groupes whatsapp et ils y’a plusieurs sites Togolais d’informations bénéficiant d’une grande audience qui les reprennent aussi. Il me faut juste poursuivre le travail, parfaire ce que je fais déjà.

Récemment votre photo -en compagnie de celles de d’autres confrères -ont circulé en boucle sur les réseaux sociaux à des fins pas très honorables. Que s’est t-il passé ?

J’avoue que je ne sais pas exactement et avec précision ce qui s’est passé.. Mais ce que j’ai compris, c’est que les Togolais sont un peu compliqués.. des gens veulent que tu passes tout ton temps à critiquer le Pouvoir et à blanchir  quotidiennement l’Opposition, alors que moi je suis journaliste. Lorsque vous  critiquez le Pouvoir, on vous considère comme grand et vrai journaliste, lorsque vous critiquez l’Opposition, on vous traite de vendu. Des gens assimilent le journalisme à l’activisme politique. Il y’a plein de journalistes aujourd’hui au Togo qui sont des activistes politiques, et ces journalistes  s’attaquent à leurs propres confrères et les livrent à la vindicte populaire. Ces journalistes ne font que s’attaquer au Pouvoir en place et cela ne me gène nullement. Ce qui me gène, c’est quand ils se comportent en politiciens et considèrent le Pouvoir comme leur adversaire politique ou leur ennemi et voudraient que tous leurs confrères s’inscrivent dans leur dynamique. C’est aberrant! Ils font croire à la population que c’est comme cela que se fait et doit se faire le journalisme, et la population les adore. Moi j’ai dû dire publiquement sur une chaine radio que je ne suis pas un activisme, je dois faire mon travail selon la déontologie de notre profession. Je n’ai pas à verser dans le populisme. Je fais des analyses pour le peuple, pour le Togo.

Des gens sont allés jusqu’à dire que nous œuvrons pour le président de la République et le Ministre de la sécurité, je tiens à dire  ici que je n’ai jamais rencontré personnellement le Chef de l’Etat Togolais Faure Gnassingbé ni son Ministre Yark. Bref pour faire du journalisme au Togo,  il faut régulièrement avoir sur soi la main puissante de Dieu.

 

Faure Gnassingbe, Gilchrist Olympio, Jean Pierre Fabre… Vous avez très souvent des autorités togolaises dans votre collimateur. Que leur reprochez vous ?

Qui suis-je pour reprocher quoi à qui ? Moi j’essaie juste de donner mon point de vue sur ces leaders de parti politiques. J’ai compris à un moment donné que le Togo ou le destin de ce pays est entre les mains de ces trois grandes et emblématiques personnalités. Avec certaines démonstrations, je suis arrivé à conclure qu’ils ne font pas bien bouger les lignes en faveur du Togo. L’un , Faure Gnassingbé, Chef de l’Etat se concentre beaucoup plus sur son Pouvoir sa conservation et le maintien de son Système en place. L’intérêt de son Système qui l’a porté au Pouvoir le préoccuperait beaucoup plus. C’est son Papa Dictateur qui a régné 38 ans sans partage qui a construit ce Système, et il en prend soin. L’autre, Gilchrist Olympio, opposant historique qui est un peu réaliste, s’est rendu compte à un moment donné qu’on ne peut pas ne pas négocier avec le Régime en place. Il a signé un accord avec le Régime. Le Régime ne respecte plus rien en ce qui concerne la mise en application de cet Accord. Olympio se fâche mais n’arrive pas à rompre le Contrat ou la Convention. L’autre encore Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’Opposition qui  n’a pas l’esprit de concession. Il est dans un esprit de radicalisme avancé… Il aime s’imposer en tout, il a une voie dictatoriale, ce qui ne fait pas avancer les choses au pays. C’est bien triste pour ce pays, c’est tout ce qui fait que le Togo a raté son entrée en démocratie, et nous en payons le prix fort jusqu’à présent. Les Togolais ont du mal à comprendre l’essence-même de la démocratie, il y a un extrémisme qui ne dit pas son nom à chaque niveau.

 

Ne subissez vous pas des représailles de leur part ?

J’avoue que c’est difficile d’être journaliste-chroniqueur politique au Togo. Ceux qui ont fait circuler nos photos sur les réseaux sociaux sont des activistes.Ce sont des menaces de mort, des menaces graves… Mais je préfère m’en arrêter là.

Il faut reconnaître que certaines de vos chroniques ne sont pas agréablement reçus sur les réseaux sociaux. Comment gérez vous la situation ?

Evidemment…Vous savez, moi je ne suis pas hostile aux critiques. Au contraire, mes chroniques ne sont pas des paroles d’Evangile pour que tout le monde dise Amen. Donc quand on me critique, je suis attentivement ou lis de manière approfondie les différentes réactions pour pouvoir appréhender la capacité d’analyse de ceux qui me critiquent, leur finesse d’esprit  et pouvoir apprendre d’eux. Parce que moi aussi je veux bien qu’on me dise avec des arguments solides que Firmin, tu as tort sur tel ou tel sujet. Et là ça me permet d’apprendre et de me questionner . Mais je suis hostile aux propos diffamatoires.  Et lorsque je commence par lire une réaction et que je m’aperçois que  c‘est une attaque personnelle ou c’est de la pure diffamation, je ne continue plus la lecture, parce qu’il n’y rien d’instructif en la matière.

Mais pour pouvoir tenir dans cette situation et surtout en tant que journaliste chroniqueur, il faut avoir un mental fort et se dire qu’on ne peut pas ne pas être critiqué du moment où l’on parle des sujets sensibles et vitaux d’un pays ou du monde.

Votre solution pour un renouveau du Togo sur tous les plans.

Ma solution est simple: Le Togo est dirigé par un Pouvoir cinquantenaire qui ne veut pas partir. Il refuse  parce qu’il y’a assez d’antécédents sérieux qui l’accablent. Il y’a la peur qui gâche tout. Ceux qui animent la vie du Régime ont juste peur. Ils ne savent exactement de quoi demain sera fait quand ils ne seront plus au pouvoir. Ils travaillent jour et nuit pour la conservation du Pouvoir. Alors pour qu’il y ait alternance au Togo un jour, il faut que l’Opposition pense négocier l’avenir politique de ce pays avec les acteurs du Système en place. Je doute qu’une élection un jour fasse partir ce Régime, parce que le Pouvoir a toute la machine électorale dans sa main, toutes les institutions à son service. Également, il faut que  le Pouvoir fasse preuve de bonne gouvernance dans tous les domaines, qu’il y ait une gestion saine de la vie publique, que les droits de l’homme soient respectés et que la pauvreté et la malnutrition chronique soient éradiquées une fois pour toutes.

 

Je vous remercie.

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Umalis