Economie

L’analyse de Nicolas Lawson sur le retour du Togo sous le FMI

« Je sonne encore le tocsin pour le ressaisissement du Chef de l’État avant qu’il ne soit trop tard. Je demande le réveil et le discernement de notre peuple pour qu’il prenne son destin en main. Le changement est possible et souhaitable sans délai. Nous pouvons redresser notre pays économiquement, socialement et culturellement, en bandant toutes nos énergies et en utilisant nos intelligences et notre génie », c’est un appel pour sauver le Togo de sa situation économique et sociale actuelle,  que lance Nicolas Lawson président du PRR. C’est suite à la récente entrée du Togo sous le contrôle du Fonds monétaire international (FMI). Lire!

Notre pays, après avoir signé un accord avec le FMI, il y a environ 10 ans, pour l’achèvement du PPTE et obtenu une remise de sa dette, la réduisant à 20% de son PIB, vient de connaître une chute brutale car la dette nationale est actuellement de 81% de notre PIB officiel. La rémission a été de courte durée. Avec la corruption généralisée, les détournements massifs des ressources nationales et les évasions fiscales, le pays est à nouveau sinistré économiquement et retourne sous le contrôle du FMI. En passant du PAS au PPTE puis actuellement à la FEC (Facilité Élargie de Crédit), il faut reconnaître que nos dirigeants politiques sont décidément inaptes à assurer la souveraineté, le progrès économique et social du pays et le bien-être de la population.

Comment peut-on comprendre et admettre qu’un pays dont la diaspora transfert réellement entre 250 et 300 milliards de FCFA par an dans l’économie nationale, que l’État de ce pays soit amené à le mettre sous tutelle du FMI pour obtenir un crédit de 241,5 millions de Dollars, soit l’équivalent de 144,9 milliards de FCFA sur une période de deux (2) ans (2017 – 2019) ? Ceux, qui estiment que les africains ne sont pas entrés dans l’histoire ou ne sont pas civilisés, ne vont-ils pas se réjouir d’avoir raison à cause de ce lamentable échec ? Quand vous dépendez des autres, qui décident économiquement pour vous, vous êtes un incapable majeur et vous ne pouvez prétendre être indépendant. Voilà la triste réalité et qu’importe votre suffisance, votre dignité est bafouée. Nous en sommes tristes et malheureux pour notre patrie et notre peuple ainsi foulés aux pieds.

Nos élites politiques ignorent que le capital est la force qui augmente la productivité de la main-d’œuvre et qui crée la richesse des nations. C’est le fluide vital du système capitaliste et le fondement du progrès. Elles semblent incapables non seulement d’appréhender les activités caractéristiques d’une économie capitaliste mais aussi foncièrement corrompues et complices des prédateurs étrangers, qui détournent nos ressources nationales. Nous avons suffisamment de biens physiques pour réussir à développer notre pays. Nos ressources sont immenses et peuvent s’élever à plus de 150 fois le montant total des aides réelles et des investissements étrangers dans notre pays depuis notre pseudo-indépendance. Nos élites et nos populations n’arrivent pas à saisir la réalité de ce que j’appelle les capitaux morts et ne se représentent pas leurs potentiels pour transformer rapidement notre économie et notre société. Nous sommes entourés de biens qui recèlent du capital invisible. C’est tout comme si nous avons des téléviseurs mais que nous n’avons pas de décodeurs pour décoder les ondes des télévisions qui nous environnent.

Nos politiciens et ceux qui constituent ce qu’on appelle la société civile, etc, ne sont intéressés que par la démagogie politique et les palabres inutiles qui créent des conflits, des divisions et de la misère. Au Togo comme ailleurs en Afrique, nous ne développons que des inégalités sociales choquantes, des économies souterraines, une mafia omniprésente, une instabilité politique et sociale, la fuite des capitaux, le mépris flagrant de la loi, l’oisiveté ou la paresse, la médiocrité, la suffisance et l’ignorance sur une grande échelle. Le temps est venu où il faut intégrer les pauvres dans l’économie formelle pour produire et créer du capital. Une telle dynamique dans la société va libérer les aspirations et les énergies des gens ordinaires comme jamais auparavant pour créer du capital et développer notre économie nationale. Nous devons développer cette culture populaire de la productivité et de la production. C’est la grande bataille pour sauver notre patrie et instaurer une véritable indépendance nationale.

N’étant pas encore au pouvoir, je ne renonce pas à mes intuitions et à mon flair. Je reste le Ministre de la pensée dans le pays, chargé à plein temps de la bataille des idées et de la proposition de projets de société. Il y a eu le miracle asiatique. Les occidentaux se demandent comment tant de pays en Asie sont parvenus simultanément à s’élever si haut et si vite ? Ces pays n’ont connu qu’une croissance généralement supérieure à 6% par an sauf la Chine qui a connu plus de 10% de croissance par an, désormais normalisée autour de 8 et 7%. Mais nos pays africains aussi ont connu ces dernières années des croissances supérieures à 6%. Alors pourquoi nous ne nous développons pas ; que la misère est si importante sur le continent et nos agrégats si misérables ? N’est-ce pas parce que nous ne sommes pas acharnés au travail ou que nos dirigeants sont corrompus ? Doit-on attribuer nos retards au Togo à nos structures économiques, à la taille de notre marché, au pouvoir d’achat de nos travailleurs, à la pagaille politique, à notre histoire ou à nos traditions culturelles ? Notre conception de l’économie ne doit-elle pas changer et ne devons-nous pas arrêter de faire que de la politique politicienne pour consacrer nos intelligences et nos énergies à chercher les moyens de développer d’abord notre pays ? Il n’y a eu nulle part un pays qui s’est développé parce qu’elle a d’abord été démocratique. Pourquoi n’arrivons-nous pas à connaître la loi de la faim et celles de la dignité et de la solidarité humaines ? Le moment n’est-il pas venu de passer au redressement économique et à une croissance économique réelle et soutenue ? Quelle est cette tare de notre société où on crée des partis politiques au lieu de créer des entreprises ? Pourquoi ceux, qui accèdent au pouvoir politique par la fraude et les violences, empêchent-ils les opposants d’entreprendre librement et de prospérer ? Comment peuvent-ils développer le pays et le libérer de la domination étrangère ? N’ont-ils aucun sens de la dignité et de patriotisme ? N’ont-ils pas peur de Dieu et de leur réputation sur leur descendance ?

Nous devons urgemment développer une éthique fortement axée sur les valeurs du travail, de la solidarité humaine, de la dignité et de la justice sociale. Nous devons avoir une culture développementale et abandonner notre délire ou notre hystérie démocratique et partisane. Le gouvernement actuel a mis le pays en banqueroute totale par une faillite frauduleuse et bien organisée par une minorité crapuleuse, cynique et incompétente. Passer d’une dette à 20% de notre PIB à plus de 81% en moins de 10 ans est une vaste escroquerie et un ratage sans précédent dans l’histoire. Nos opposants, qui se sabotent et se complaisent à ne réclamer que des réformes politiques, sont complices dans ce fiasco retentissant et humiliant pour notre dignité nationale.

La construction d’une nation et d’une identité nationale est un devoir et une revanche indispensables sur l’esclavage et la colonisation ; mais hélas ! Nos élites politiques et sociales corrompues et incultes ne parlent que de l’assistance de la communauté internationale pour nous sauver du désastre qu’elles créent. Quel malheur ! Nous n’avons ni plan ni une conscience nationale. Le PRR propose en vain une gouvernance par objectifs et les moyens pour les atteindre. Mais nos politiciens préfèrent les délices de la démagogie politique et les logorrhées tactiques. Le pouvoir du peuple est confisqué par des opposants marchands, vulgairement et impudemment chicaneurs.

Je réaffirme ici que nous ne sortirons de l’assujettissement et nous ne vaincrons la pauvreté que par le travail et la discipline. Je sonne encore le tocsin pour le ressaisissement du Chef de l’État avant qu’il ne soit trop tard. Je demande le réveil et le discernement de notre peuple pour qu’il prenne son destin en main. Le changement est possible et souhaitable sans délai. Nous pouvons redresser notre pays économiquement, socialement et culturellement, en bandant toutes nos énergies et en utilisant nos intelligences et notre génie. Nous n’avons besoin que de nous-mêmes. Il nous faut mettre un terme en urgence aux répressions, aux inégalités, à l’impunité et à la corruption du système en place. Il nous faut retrouver cette conviction profonde dans les bienfaits de l’éducation. Nous devons aussi reconstruire nos marchés de Lomé et de Kara plus grands et modernes.

Faisons une introspection douloureuse mais profonde pour comprendre les causes de notre désastre actuel. Il est impératif de dépolitiser notre société et de la purger moralement de ses travers et de nos crimes. Nous devons sans tarder remettre notre peuple au travail pour produire de la richesse et éradiquer la pauvreté. C’est la seule voie pour le redressement national et le salut public.

Je crois au ressaisissement et à la rédemption de tout homme. Que Dieu nous inspire et protège notre pays.

Fait à Lomé, le 27 Juillet 2017
Nicolas LAWSON
Président du PRR

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