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A la découverte de l’artiste plasticien togolais Clément Ayikoué Gbegno

En marge du Festival Littérature et Arts (FesLArts) qui s’est tenu à l’Auditorium de l’Institut Confucius de l’Université de Lomé, les tableaux de l’artiste plasticien spécialisé en montage-sculpture et assemblage de matériaux ont été exposés les 11 et 12 mai dernier. Ce jeune talent s’illustre dans les ateliers de rues. Son art est l’histoire de son histoire, la philosophie de sa philosophie et de symboles. Il a déjà parcouru l’Afrique, Madrid, laFrance et l’Allemangne. M. Gbegno se dévoile dans ses œuvres comme une promesse pour la création africaine.

Comment vous est venue la passion de peindre ?

Je dirai que c’est un don inné qui a commencé à s’extérioriser depuis mon enfance. Pour moi, le maniement de l’argile et de la glaise est un acte tout naturel. Mais, suite à des concours de crayonnage et de perfectionnement auxquels j’ai eu à participer, j’ai pu développer ce talent. Je dois dire aussi que je n’hésite pas à faire des recherches et à lire beaucoup de documents pour exceller dans ce domaine.

Quels sont les messages que vous transmettez à travers vos tableaux ?

J’essaie toujours de matérialiser au mieux mes émotions et le fruit de mes méditations. Puisqu’un artiste, c’est celui-là reste connecté à son environnement immédiat, je dépeins également les réalités de la vie quotidiennes et dénonce certains faits sociaux. De par mes œuvres, j’appelle essentiellement à la renaissance humaine car, tout ce qui porte atteinte à la dignité de l’Homme me rebelle.

Présentez-nous l’un de tes tableaux.

C’est une œuvre que j’ai conçu sous inspiration purement symbolique qui traduit une interrogation : Où vont tous ses enfants dont nul ne se préoccupe ? Il y a trois entités avec des corps un peu abîmés, ce qui implique la souffrance physique et psychologique des enfants de rue. C’est un mal social qui m’interpelle en tant qu’artiste. Pour concevoir cette toile, j’ai utilisé un assemblage de couleurs qui délivrent chacun un message particulier. Le noir symbolise l’africain qui est noir de peau mais blanc en esprit, la couleur bleue traduit la spiritualité, le jaune pour traduire l’avenir brillant de l’Afrique si les africains se mettent ensemble pour le développement du continent. Et, le fil qui passe à travers les trois entités symbolise l’unité qui fait la force et le progrès.

Quels sont vos matériaux de travail ?

J’utilise la terre cuite, la farine de maïs, la cendre, du charbon, du papier carton, des herbes … ce sont là des matières faciles à trouver auxquelles je m’emploie à redonner vie. En outre, pour parfaire mon travail, je me sers aussi des toiles brisées, de l’acrylique, de la colle.

Combien d’œuvres avez-vous à votre actif ?

Euh… à peu près 1000.

Est-ce une collection en vue d’une exposition prochaine ou bien vous les commercialisez ?

Je ne dirai pas que je les commercialise mais plutôt, je les échange … (Rires). Pourquoi ? Parce qu’une œuvre d’art ne mérite pas d’être évaluer à un coût donné, elle vaut bien plus que de l’argent. En ce qui me concerne, mes tableaux je les considère comme mes enfants. Ce sont le fruit de mon imagination, les produits de ma personne. C’est toujours déchirant de m’en séparer. Mais, puisque les finances sont indispensables pour faire d’autres productions, je n’ai parfois pas le choix…

Quel est l’avenir de l’artiste au Togo ?

Il est très important de reconnaitre la place de l’artiste dans la société et lui donner sa valeur. L’art est partout et en tout. L’artiste s’applique juste à le matérialiser et pour cela il faudra l’encourager. Mais au Fond d’Aide à la Culture (FAC) qui aide beaucoup les artistes togolais mais beaucoup reste à faire. Aujourd’hui, il n’y a pas que des ateliers de rue au Togo. Je trouve qu’une école d’art digne de ce nom sera la bienvenue pour dénicher des talents naissants et de les mener jusqu’à l’éclosion pour donner au Togo des grands noms comme Jimi Hope, Cham et bien d’autres qui sont les auteurs des fresques du Chemin de la Paix. Ce sont des ainés, je leur tire mon chapeau !

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Umalis